ENTRETIEN : l'OMS engagée dans une campagne de vaccination sans précédent contre le choléra en Haïti

UN health official discusses unprecedented vaccination campaign to tackle cholera in HaitiCampagne de vaccination en Arcahie en Avril 2016.

5 juillet 2016 – Malgré une réduction de 90% de l'incidence du choléra en Haïti entre 2011 et 2015, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été victimes de l'épidémie l'an dernier.

« Pour nous, la priorité est de maintenir les équipes dites de 'réponse rapide', afin de nous assurer que tout le personnel disponible puisse continuer à être déployé sur le terrain et répondre à toutes les alertes concernant de nouveaux foyers », a déclaré mardi le Représentant de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) en Haïti, Docteur Jean-Luc Poncelet, dans un entretien avec la Radio et le Centre d'actualités de l'ONU.

En plus de cette réponse rapide, l'OMS et ses partenaires ont lancé en 2016 une campagne de vaccination d'un nouveau genre, visant à atteindre plusieurs centaines de milliers de personnes.

 

Une campagne à grande échelle

Jusqu'ici, a souligné Docteur Poncelet, la vaccination avait été utilisée dans la lutte contre le choléra en Haïti à petite échelle, sur des groupes ne dépassant pas 50.000 ou 100.000 personnes. En 2016, 118.000 personnes ont déjà été vaccinées. Cette nouvelle campagne définie par le gouvernement, avec le soutien de l'ONU, permettra de vacciner 750.000 personnes supplémentaires entre 2016 et 2017. Au total, 868.000 personnes pourraient ainsi être vaccinées sur cette période, à supposer qu'il n'y ait pas de pénurie de vaccin et que les bailleurs de fonds continuent d'apporter leur soutien financier.

Ces 750.000 personnes supplémentaires correspondent à l'ensemble de la population du département du Centre, a précisé Docteur Poncelet, ajoutant que cette circonscription administrative avait été sélectionnée en raison de la persistance de foyers de choléra dans la zone au cours des deux dernières années.

« C'est la première fois que nous organisons une campagne de vaccination d'une telle ampleur dans le pays », a salué Docteur Poncelet, qui représente également de l'Organisation panaméricaine de la santé (OPS) en Haïti.

Le Représentant de l'OMS a indiqué que le vaccin contre le choléra qui sera utilisé pour cette campagne requiert deux injections par personnes, administrées à deux semaines d'intervalle. « Cela signifie que 1,5 million de doses seront nécessaires pour mener à bien cette campagne », a-t-il précisé.

 

Une « double approche » novatrice

Le Représentant de l'OMS a souligné que l'efficacité du vaccin n'est que de 65%, ce qui est inférieur à d'autres traitements existants. « Il est donc important que les observateurs ne pensent pas qu'avec la vaccination, le choléra sera entièrement éradiqué », a-t-il mis en garde.

Pour pallier à ce taux d'efficacité non optimal, l'OMS a développé une approche nouvelle, en vertu de laquelle les populations amenées à recevoir le vaccin bénéficieront également d'un meilleur accès à l'eau chlorée, soit via une chloration domestique, soit par l'intermédiaire d'une amélioration du système d'arrivée d'eau.

En effet, le manque d'accès à l'eau courante et à l'assainissement des eaux sur l'ensemble du territoire est l'un des principaux facteurs de transmission du choléra.

« Nous espérons que grâce à cette double approche, le vaccin d'un côté, et la chloration de l'eau à la maison de l'autre, nous pourrons réduire le nombre de cas dans ce département », a déclaré le Représentant de l'OMS.

 

Besoin du soutien des bailleurs de fonds internationaux

« Le financement est un problème, en plus du contexte politique dans le pays », a déclaré Docteur Poncelet. Il a indiqué que Haïti avait reçu un fort soutien financier après le tremblement de terre en 2010, mais qu'aujourd'hui, un certain « désengagement des bailleurs de fonds » est en train de voir le jour, notamment parce que d'autres crises mondiales, comme en Syrie, sont plus médiatisées.

Selon l'OMS, le nombre de cas déclarés en 2011, au temps fort de l'épidémie, était de 350.000. L'an dernier, en 2015, un peu moins de 36.000 cas ont été constatés. Il y a par conséquent eu une baisse de 90% du nombre de cas déclarés depuis 2011.

Selon Docteur Poncelet, le fait qu'il y ait eu une réduction si importante du nombre de malades contribue également à démobiliser les bailleurs de fonds.

Il a par conséquent appelé ces derniers à maintenir leur engagement dans le pays.

Une campagne qui s'inscrit dans un cadre plus large

Afin d'éradiquer le choléra, l'OMS soutient également la mise en œuvre du plan national de lutte contre l'épidémie 2012-2022, a expliqué Docteur Poncelet.

Ce plan s'articule autour de quatre volets principaux, a-t-il expliqué, dont le plus important est la surveillance, à savoir l'identification de tout nouveau cas de choléra dans le pays.

« Cette surveillance se double du second volet, la réponse rapide, à savoir que pour chaque nouveau cas identifié, une équipe composée de physiciens, de spécialistes de la santé et d'experts en matière d'assainissement des eaux est envoyée sur le terrain », a-t-il expliqué.

Le troisième volet, a poursuivi le Représentant de l'OMS, est la double approche vaccin/chloration des maisons, développée cette année dans le département du Centre. « Le dernier volet est aussi le plus couteux, à savoir l'amélioration de l'accès à l'assainissement des eaux », a-t-il souligné, ajoutant que cela supposait de réparer les systèmes d'arrivée d'eau, d'assurer la chloration et l'assainissement des eaux et d'améliorer l'accès à l'eau courante et aux toilettes pour éviter la défécation en plein air.

« Le manque d'investissement dans le système d'arrivée d'eau depuis des décennies est la principale raison de la persistance du choléra dans le pays », a-t-il dit. « Nous devons utiliser tous les outils disponibles pour éradiquer le choléra en Haïti. Ensemble nous pouvons y parvenir ».

 

 

 

Factsheet sur le cholera 

Mai 2016 (FR, EN)

Factsheet sur le cholera

Janvier-Mars 2016 (EN)

Factsheet sur le cholera

2015 (EN)

     

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